Apprendre à apprendre : une séquence de 45 minutes pour découvrir les stratégies de mémorisation
Comment aider nos élèves à mieux mémoriser leurs leçons ? Et si, avant de leur demander d’apprendre, nous prenions le temps de leur enseigner des stratégies de mémorisation?
En tant qu’enseignants, nous demandons régulièrement à nos élèves d’apprendre leurs leçons, de réviser pour une évaluation ou de mémoriser des informations. Mais leur avons-nous réellement appris à le faire ?
C’est une question que je me suis posée en préparant mes leçons d’éducation générale avec mes élèves de 9H.
J’avais le sentiment que beaucoup d’entre eux n’utilisaient pas véritablement de stratégies d’apprentissage. Pour certains, apprendre semblait essentiellement consister à lire plusieurs fois leur leçon, en espérant que les informations finissent par rester dans leur mémoire.
J’ai donc décidé de consacrer plusieurs leçons aux stratégies d’apprentissage, avec un premier objectif : leur faire découvrir qu’il existe différentes façons de mémoriser et qu’ils peuvent agir sur leurs apprentissages.
Pour cette introduction, j’ai préparé une séquence de 45 minutes, mêlant expérimentation, enseignement explicite et mise en pratique sur de véritables contenus scolaires.
Et les premiers retours ont été particulièrement intéressants !
Pourquoi enseigner les stratégies d’apprentissage ?
Apprendre ne consiste pas simplement à lire ou à relire des informations.
Bien sûr, la lecture est indispensable pour découvrir et comprendre un contenu. Mais comprendre une information sur le moment ne signifie pas nécessairement être capable de la retrouver plusieurs jours plus tard.
Pour mémoriser durablement, les élèves ont besoin d’apprendre à traiter les informations, à les organiser, à créer des liens et surtout à s’entraîner à les retrouver sans avoir constamment le support sous les yeux.
Ces démarches ne sont pourtant pas toujours spontanées.
Certains élèves développent naturellement des stratégies efficaces. D’autres utilisent des méthodes peu adaptées ou ne savent tout simplement pas comment s’y prendre.
C’est particulièrement important dans une perspective d’école inclusive : nous ne pouvons pas considérer que tous les élèves disposent spontanément des mêmes outils pour apprendre.
Enseigner explicitement les stratégies d’apprentissage permet de rendre visibles des démarches qui restent souvent implicites.
L’objectif n’est pas d’imposer une méthode unique, mais d’aider chaque élève à construire progressivement sa propre boîte à outils.
Étape 1 : un premier défi de mémorisation
Pour commencer la séance, je propose aux élèves un petit défi.
Ils découvrent une liste de 12 mots :
| Trottinette | Fourchette | Ski |
| Montagne | Voiture | Vélo |
| Cuillère | Bonnet | Neige |
| Bus | Couteau | Assiette |
Ils disposent d’un court temps pour essayer de les mémoriser.
À ce stade, je ne leur donne volontairement aucune stratégie particulière. L’idée est d’observer comment ils s’y prennent spontanément.
Nous prenons ensuite un moment pour échanger sur les démarches utilisées.
Quelques questions pour guider la discussion :
- Comment avez-vous essayé de retenir les mots ?
- Les avez-vous répétés plusieurs fois dans votre tête ?
- Avez-vous essayé de créer des liens entre certains mots ?
- Avez-vous imaginé des images ?
- Avez-vous utilisé une autre méthode ?
Ce premier échange est essentiel : il permet aux élèves de commencer à réfléchir à leur propre fonctionnement.
Ensuite, les élèves essaient de retrouver les 12 mots.
Il ne s’agit pas de déterminer qui possède la meilleure mémoire, mais de comprendre que nous ne procédons pas tous de la même manière pour mémoriser.
Étape 2 : découvrir trois stratégies de mémorisation
Après ce premier défi, nous découvrons ensemble trois stratégies qui peuvent faciliter la mémorisation.
1. Organiser les informations en catégories
Notre mémoire peut s’appuyer sur l’organisation des informations pour faciliter leur récupération.
Plutôt que d’essayer de retenir les 12 mots séparément, nous pouvons les regrouper selon leurs points communs.
Par exemple :
Les moyens de transport :
Trottinette, voiture, vélo, bus.
La vaisselle et les couverts :
Fourchette, cuillère, couteau, assiette.
La montagne et l’hiver :
Ski, montagne, bonnet, neige.
Au lieu de retenir 12 éléments isolés, les élèves peuvent s’appuyer sur trois ensembles cohérents.
Cette stratégie peut ensuite être utilisée pour apprendre du vocabulaire, organiser des événements historiques, classer des notions scientifiques ou préparer une évaluation.
2. Créer des associations
Une deuxième stratégie consiste à relier les informations entre elles.
Pour cela, nous pouvons inventer une petite histoire qui associe plusieurs mots.
Par exemple :
Je pars à la montagne en bus avec mes skis. Dans mon sac, j’ai caché une assiette, une fourchette et un couteau pour manger au sommet !
L’histoire peut sembler un peu étrange, mais c’est justement ce qui peut la rendre plus facile à retenir.
En créant des liens entre les informations, nous disposons de nouveaux indices pour les retrouver.
Cette stratégie peut être particulièrement utile pour retenir des mots de vocabulaire, des listes d’éléments ou certaines informations qui semblent difficiles à associer au premier abord.
3. Créer des images mentales
La troisième stratégie consiste à transformer les informations en images dans notre tête.
Par exemple :
J’imagine un énorme bonnet posé sur une montagne enneigée. Une voiture géante descend la piste de ski, pendant qu’une trottinette vole dans le ciel !
Plus la scène est originale et évocatrice, plus elle peut être facile à retrouver.
Les images mentales permettent de donner une représentation concrète à certaines informations.
Elles peuvent notamment être utilisées pour mémoriser une situation, visualiser un phénomène ou se représenter le déroulement d’un événement.
Attention toutefois : tous les élèves ne visualisent pas mentalement les informations avec la même facilité. Il est donc important de proposer différentes possibilités, comme dessiner, raconter ou utiliser des supports visuels.
Étape 3 : un deuxième défi pour expérimenter
Après avoir découvert ces trois stratégies, les élèves participent à un deuxième défi de mémorisation.
Cette fois, ils découvrent une nouvelle liste de 12 mots :
| Fruits | Animaux | Mobilier |
| Pomme | Chat | Table |
| Banane | Chien | Chaise |
| Poire | Cheval | Armoire |
| Cerise | Lapin | Bureau |
Contrairement au premier défi, ils connaissent désormais plusieurs stratégies qu’ils peuvent utiliser volontairement.
Ils peuvent choisir de regrouper les mots, de créer des associations ou d’imaginer une scène.
Nous échangeons ensuite sur leur expérience.
Quelle stratégie ont-ils utilisée ? La mémorisation leur a-t-elle semblé plus facile ? Ont-ils découvert une méthode qu’ils aimeraient réutiliser ?
Après le temps de mémorisation, ils tentent à nouveau de retrouver les mots sans regarder la liste.
Il est important de préciser que les deux listes ne présentent pas exactement les mêmes caractéristiques. La deuxième est déjà organisée en catégories et accompagnée d’illustrations dans le diaporama.
Cette activité permet aux élèves de prendre conscience qu’ils peuvent modifier leur façon d’aborder une tâche de mémorisation.
Et c’est précisément l’objectif de cette première partie !
Étape 4 : passer des listes de mots aux véritables leçons
Mémoriser une liste de mots est une chose. Apprendre une leçon de sciences, d’histoire ou de géographie en est une autre.
Je souhaitais donc que les élèves puissent immédiatement comprendre comment transférer les stratégies découvertes à leurs apprentissages scolaires.
Pour cela, j’ai préparé deux courts textes scientifiques.
Le premier sert de support à un enseignement explicite. Le deuxième permet aux élèves de s’entraîner à leur tour.
Le système endocrinien : montrer comment faire
Pour commencer, je présente aux élèves un court texte sur le système endocrinien.
L’objectif n’est pas d’enseigner le fonctionnement de ce système en détail, mais de montrer comment transformer un texte scolaire en informations plus faciles à mémoriser.
Je verbalise ma démarche devant les élèves.
Première stratégie : organiser les informations.
Je repère les éléments importants du texte et je les regroupe.
Par exemple, je peux distinguer les principales glandes mentionnées et leurs fonctions.
Deuxième stratégie : créer des associations.
Je cherche des liens qui pourraient m’aider à retrouver les informations.
Je peux notamment associer l’hypophyse à un chef d’orchestre qui envoie des instructions à différentes glandes.
Troisième stratégie : utiliser des représentations visuelles.
Je peux imaginer ou dessiner les glandes et les relier aux fonctions qu’elles remplissent.
Tout au long de cette démonstration, j’explique ce que je fais et pourquoi je le fais.
Cette étape de modelage est importante : il ne suffit pas de dire aux élèves d’utiliser une stratégie. Il faut aussi leur montrer concrètement comment la mettre en œuvre.
Le système digestif : aux élèves de jouer !
Après cette démonstration, les élèves reçoivent un deuxième texte, consacré au système digestif.
Cette fois, c’est à eux de transformer la leçon pour en faciliter la mémorisation.
Ils disposent de cinq minutes et peuvent mobiliser les trois stratégies découvertes.
Par exemple, ils peuvent :
- Organiser les informations en étapes, en suivant le trajet des aliments dans le système digestif.
- Créer des associations pour retenir les principaux organes et leurs fonctions.
- Imaginer le parcours de la nourriture dans le corps, de la bouche jusqu’à l’élimination des déchets.
Une fois leur préparation terminée, ils cachent le texte et essaient d’expliquer de mémoire ce qu’ils ont retenu.
Cette dernière étape est essentielle.
Car apprendre ne consiste pas seulement à organiser ou à relire les informations. Il faut également essayer de les retrouver sans support.
C’est ce qu’on appelle le rappel actif.
L’élève peut ensuite vérifier les informations oubliées, corriger ses erreurs et recommencer ultérieurement.
Retour d’expérience : ce que nous avons observé en classe
Cette séquence a été expérimentée dans deux classes de 9H, avec des déroulements légèrement différents.
Dans ma classe : peu de stratégies spontanées
Lors du premier défi, j’ai demandé aux élèves comment ils avaient procédé pour retenir les 12 mots.
Le constat m’a interpellée.
Seuls deux élèves avaient véritablement utilisé une stratégie de mémorisation. Et une seule de ces stratégies semblait réellement efficace.
Les autres élèves ne semblaient pas disposer d’une démarche clairement identifiée pour mémoriser les informations.
Après la présentation des trois stratégies, nous avons réalisé le deuxième défi.
Cette fois, tous les élèves ont déclaré avoir trouvé la mémorisation plus facile.
Bien entendu, ce ressenti ne constitue pas une preuve d’amélioration des performances. Mais il est intéressant de constater que les élèves ont perçu une différence dans leur manière d’aborder l’activité.
Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de terminer l’ensemble de la séquence lors de cette première période, car plusieurs informations devaient également être transmises à la classe.
Nous poursuivrons donc le travail lors d’une prochaine leçon.
Dans la classe de ma collègue : une séquence complète en 45 minutes
Ma collègue a également testé le diaporama avec ses élèves de 9H.
Elle a pu réaliser l’ensemble de la séquence en une période de 45 minutes.
Son retour a été très positif : elle a beaucoup apprécié l’activité et ses élèves également !
Un élément a particulièrement retenu leur attention.
Les élèves ont trouvé très intéressant de pouvoir appliquer les stratégies découvertes à une véritable leçon sur laquelle ils avaient une évaluation prévue la même semaine.
Cette possibilité de réinvestissement immédiat a donné un sens concret à l’activité.
Les stratégies de mémorisation n’étaient plus simplement des techniques présentées par les enseignants, mais des outils que les élèves pouvaient utiliser pour préparer un apprentissage réel.
Et c’est exactement ce que je recherchais en construisant cette séquence.
Ce que je retiens de cette première expérience
Ces premiers retours renforcent mon envie de poursuivre le travail autour des stratégies d’apprentissage.
Nous consacrons beaucoup de temps à enseigner des contenus disciplinaires, mais il me semble tout aussi important de prendre le temps d’enseigner aux élèves comment les apprendre.
Ce travail s’inscrit pleinement dans une démarche de différenciation pédagogique et d’accessibilité des apprentissages.
En rendant les stratégies explicites, nous permettons aux élèves de découvrir plusieurs chemins possibles pour atteindre un même objectif.
Il ne s’agit pas de leur demander d’utiliser systématiquement les trois stratégies présentées, ni de considérer qu’une méthode conviendra à tous.
L’objectif est plutôt de leur permettre d’expérimenter, de comparer et de choisir progressivement les outils les plus pertinents selon la tâche.
Et surtout, de comprendre qu’une stratégie qui fonctionne pour mémoriser une liste de mots n’est pas nécessairement la plus adaptée pour apprendre une définition, comprendre un raisonnement mathématique ou préparer une évaluation d’histoire.
Apprendre à apprendre, c’est aussi apprendre à choisir comment apprendre.
Et maintenant ? Construire une boîte à outils de stratégies d’apprentissage
Cette première séance constitue le point de départ d’un travail que nous souhaitons poursuivre jusqu’aux vacances de Noël.
Avec mon collègue, nous allons consacrer plusieurs leçons à la découverte et à l’expérimentation de nouvelles stratégies.
Parmi celles que nous souhaitons aborder :
- Les cartes mentales pour organiser et relier les informations.
- Les fiches de révision pour sélectionner les éléments essentiels.
- Le rappel actif pour s’entraîner à retrouver les informations sans support.
- La répétition espacée pour consolider les apprentissages dans la durée.
- L’autoquestionnement pour vérifier sa compréhension et ses connaissances.
À travers ces activités, nous souhaitons aider les élèves à développer progressivement leur autonomie.
L’objectif final n’est pas qu’ils connaissent simplement le nom de différentes stratégies, mais qu’ils soient capables de les mobiliser dans leurs apprentissages quotidiens.
Téléchargez gratuitement le matériel de la séquence
Vous souhaitez essayer cette activité avec vos élèves ?
Je mets à votre disposition les supports que j’ai préparés pour cette première séance.
1. Le diaporama « Comment apprendre ? »
Il accompagne l’ensemble de la séance, depuis le premier défi des 12 mots jusqu’à la réflexion finale sur la différence entre lire et apprendre une leçon.
2. Le document sur le système endocrinien
Un support permettant de montrer explicitement comment utiliser les stratégies de mémorisation sur un texte scolaire.
3. Le document sur le système digestif
Une activité de mise en pratique dans laquelle les élèves doivent transformer une leçon en utilisant les stratégies découvertes, puis essayer de restituer les informations de mémoire.
Conclusion
Cette première expérience m’a rappelé quelque chose d’essentiel : nous ne pouvons pas attendre des élèves qu’ils maîtrisent spontanément des stratégies que nous ne leur avons jamais enseignées.
Prendre le temps de leur montrer comment apprendre, c’est leur donner des outils qui pourront les accompagner bien au-delà d’une seule évaluation.
Et parfois, une simple liste de 12 mots suffit à ouvrir une discussion particulièrement intéressante sur notre manière d’apprendre.
Parce qu’apprendre, ça s’apprend aussi !
Et vous, comment accompagnez-vous vos élèves dans la découverte des stratégies d’apprentissage ? Avez-vous des activités ou des outils que vous utilisez régulièrement en classe ? N’hésitez pas à partager vos expériences en commentaire !
