Être enseignant à la rentrée
Toutes mes rentrées ne se ressemblent pas…
Dans quelques jours, je ferai ma rentrée.
Ma quinzième ? Peut-être. Honnêtement, j’ai arrêté de compter. Disons que j’en suis quelque part entre dix et quinze, ce qui commence à faire suffisamment de rentrées pour pouvoir affirmer une chose avec une certaine assurance :
Je ne sais toujours pas comment on est censé se sentir avant une rentrée.
Et finalement, je crois que c’est plutôt une bonne nouvelle.
Parce qu’en repensant à toutes celles que j’ai vécues, je me rends compte qu’il n’y en a pas deux qui se ressemblent.
Il n’y a pas une bonne façon de vivre sa rentrée
Il y a cette drôle d’idée qui flotte autour de la rentrée : plus on avance dans les vacances, plus on devrait progressivement passer du mode « été » au mode « enseignant parfaitement préparé ».
Comme si, quelque part entre le dernier apéro en terrasse et le premier café en salle des maîtres, une transformation devait s’opérer.
Dans la réalité, c’est beaucoup moins linéaire.
On peut être impatient un jour et angoissé le lendemain. Avoir envie de retrouver ses élèves tout en regrettant profondément son réveil sans alarme. Passer trois heures à préparer quelque chose avec enthousiasme puis regarder sa liste de choses à faire et se demander pourquoi on a choisi ce métier.
Et surtout, notre état d’esprit dépend énormément de la rentrée qui nous attend.
Je le sais parce que j’en ai vécu des très différentes.
La rentrée où je ne savais même pas encore où j’allais travailler
Il y a eu des années où, deux semaines avant la reprise, je ne savais pas encore dans quel établissement j’allais travailler.
Difficile, dans ces conditions, d’avoir sa progression annuelle soigneusement préparée, ses documents imprimés et son petit bureau parfaitement organisé.
Je n’avais rien de prêt.
Pas parce que j’avais mal géré mes vacances. Pas parce que j’avais procrastiné pendant six semaines. Simplement parce que je ne pouvais rien préparer.
Il fallait attendre.
Puis découvrir un établissement, une équipe, parfois un niveau, des élèves… et construire à partir de là.
Ces rentrées-là m’ont appris quelque chose que j’ai parfois tendance à oublier lorsque mon cerveau veut tout anticiper : on peut commencer une année sans que tout soit prêt.
Et puis il y a eu les rentrées presque trop faciles
À l’inverse, j’ai aussi connu la rentrée où je reprenais la même classe pour la quatrième année.
Là, forcément, le paysage était différent.
Une grande partie était déjà prête. Je connaissais mon fonctionnement, mes outils, ce qui marchait et ce que je voulais abandonner sans le moindre regret.
Je pouvais modifier ce que j’avais envie de faire évoluer sans avoir à reconstruire toute mon année.
Cette rentrée-là avait quelque chose de confortable.
Pas parce que j’étais devenue soudainement une enseignante extraordinairement organisée. Simplement parce que l’expérience accumulée change complètement la manière dont on aborde une rentrée.
On ne repartait plus d’une page blanche.
Certaines rentrées ont aussi eu la boule au ventre
Et puis il y a eu celles où je savais que la classe qui m’attendait serait difficile.
Celles où l’appréhension n’avait rien à voir avec une liste de matériel incomplète ou trois affichages encore à terminer.
Je savais que l’année demanderait beaucoup.
Alors oui, certaines rentrées, j’ai été très angoissée.
Et je crois que c’est aussi important de le dire.
On peut aimer enseigner et avoir peur de reprendre.
On peut aimer ses élèves et savoir que leur accompagnement va nous demander énormément d’énergie.
On peut être compétent, expérimenté, préparé… et quand même avoir la boule au ventre.
Et cette année ? Un drôle de mélange
Cette rentrée a encore une autre saveur.
Je suis contente de reprendre. Vraiment.
Je vais partager une demi-maîtrise de classe avec un collègue que j’apprécie, avec une classe que je me réjouis de retrouver. Et professionnellement, il y a énormément de choses qui m’enthousiasment dans ce qui nous attend.
Parce que cette demi-maîtrise représente aussi quelque chose qui me tient particulièrement à cœur en tant qu’enseignante spécialisée.
Être directement présente dans une classe ordinaire me permet de réfléchir autrement à la place des élèves qui rencontrent des difficultés.
Les élèves bénéficiant d’aménagements ou de soutien spécialisé peuvent parfois avoir le sentiment d’être un peu à côté de la classe. D’en faire partie, bien sûr, mais avec cette petite frontière invisible qui apparaît dès qu’on doit sortir, travailler autrement ou recevoir une aide différente.
Cette année, j’ai envie d’explorer tout l’inverse.
Comment peut-on construire la classe dès le départ pour qu’un maximum d’élèves puisse réellement y trouver sa place ?
Nous allons notamment commencer à développer davantage le coenseignement à l’école secondaire, avec cette idée de pouvoir proposer du soutien aux élèves qui en ont besoin, mais aussi de permettre à ceux qui peuvent avancer plus vite de le faire.
Bref : essayer de penser l’hétérogénéité non pas comme un problème à corriger après coup, mais comme quelque chose qui existe dès le moment où l’on prépare une leçon.
Et ça rejoint évidemment tout le travail autour de la conception universelle de l’apprentissage qui me passionne : réfléchir avec les enseignants de branche aux différentes façons d’entrer dans un apprentissage, de comprendre une notion, de participer ou de montrer ce qu’on sait.
Sur ce plan-là, j’ai vraiment hâte.
Et pourtant…
J’appréhende cette année.
Se réjouir et appréhender en même temps
Mon horaire est très chargé. Peut-être même trop chargé.
À mon travail s’ajoutent mon master et cette demi-maîtrise de classe. Je sais déjà que les semaines seront denses et que la fatigue risque de prendre beaucoup de place.
Ce n’est donc pas la rentrée elle-même qui m’inquiète particulièrement.
C’est tout ce qui vient derrière.
Septembre. Octobre. Novembre. Les cours. Les préparations. Le master. Les projets. Les imprévus. Les semaines où tout décidera probablement d’arriver en même temps parce que l’année scolaire possède parfois un sens de l’humour assez particulier.
Alors, cette année, si je devais choisir mon « profil de prof avant la rentrée », je serais probablement un mélange.
Un peu l’impatiente, parce que j’ai envie de retrouver mes élèves et de commencer tous ces projets.
Un peu l’angoissée, parce que je sais ce que cette année va me demander.
Un peu la philosophe, aussi, parce qu’après toutes ces rentrées, je commence peut-être à accepter que je ne pourrai pas tout prévoir.
Et sans doute quelques autres selon l’heure de la journée.
Peut-être qu’on n’a pas besoin de choisir
C’est justement en pensant à toutes ces rentrées que j’ai imaginé les différents « profs de la rentrée ».
Celui qui est encore mentalement en vacances.
Celle qui avait absolument tout préparé avant de partir.
Celui qui plastifie frénétiquement ses dernières affiches.
Celle qui vient de découvrir sur Pinterest qu’elle avait, manifestement, besoin de refaire toute sa décoration.
Le prof débordé.
La prof angoissée.
Celui qui attend la rentrée avec impatience.
Et celui qui regarde tout cela avec ses quinze rentrées au compteur en se disant simplement : « Ça va aller. »
Évidemment, ce sont des caricatures.
Dans la vraie vie, nous sommes probablement un peu de chacun.
Et surtout, nous changeons.
D’une année à l’autre. D’un établissement à l’autre. Selon les élèves qui nous attendent, notre vie personnelle, notre expérience, notre fatigue, nos projets… et parfois simplement selon le jour.
Alors non, il n’y a probablement pas de bonne façon de vivre sa rentrée.
Il n’est pas nécessaire d’être impatient.
Il n’est pas inquiétant d’être angoissé.
Et avoir passé ses dernières semaines de vacances sans penser à l’école ne fait pas de vous un enseignant moins investi.
Une rentrée n’est pas un test de notre valeur professionnelle.
C’est simplement le début d’une nouvelle année, avec tout ce qu’elle contient encore d’inconnu.
Et après presque quinze rentrées, je crois que c’est justement cette part d’inconnu qui continue à me donner envie d’y retourner.
Et toi, quel prof es-tu avant la rentrée ? 👀
Après toutes ces années, j’ai fini par me dire qu’il existait une véritable petite faune enseignante à l’approche de la rentrée. 😅
Alors, lequel te ressemble le plus cette année ?
👉 Viens me le dire sous le post Instagram
Et si tu as reconnu un collègue — ou toi-même, soyons honnêtes — j’ai aussi préparé les différents profils sous forme de petites cartes gratuites à télécharger, en version homme et femme.
À imprimer, à garder, à afficher en salle des maîtres… ou à déposer innocemment sur le bureau d’un collègue. Je décline toute responsabilité concernant les règlements de comptes qui pourraient suivre. 😇
